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Ville

Une entrée discrète dans l’histoire

Bien qu’Ottignies et sa région proche bénéficient d’une situation centrale au cœur du Brabant wallon, l’histoire n’a pas donné d’éclat particulier aux événements qui s’y sont succédé au fil du temps, du moins avant le XIXe siècle.

Dès le paléolithique pourtant, un gisement de phtanite noir fait l’objet d’une exploitation et d’un trafic tel que des articles façonnés dans ce matériau sont retrouvés jusque dans le Limbourg hollandais.

Quelques traces d’occupation pendant la période romaine existent, mais sans vraiment se singulariser par rapport à celles d’autres localités brabançonnes. Mentionnons toutefois la tête de femme sculptée en marbre blanc, de l’époque des Sévère (193-235), trouvée à proximité de l’église Notre-Dame de Mousty.

De style romain ottonien, celle-ci a vraisemblablement été édifiée au XIe siècle à l’emplacement d’une villa gallo-romaine, comme en attestent cette partie de statue ainsi que les tuileaux et agglomérats de remploi utilisés dans la maçonnerie de la crypte.

Les invasions barbares du IIIe siècle anéantissent le rêve romain. Nulle trace ne vient étayer la thèse d’un repeuplement de la région aux siècles ultérieurs, bien que la tradition attribue l’évangélisation de Mousty à Saint-Materne au IVe siècle.

Le nom Ottignies

On trouve un premier repère pour le nom d’Ottignies en 1197, date à laquelle apparaît un Godefroid d’Otenies ; en 1211 pour Limelette avec Godefroid Briseteste, patronyme qui laisse présager un certain tempérament ; en 1219 pour Céroux, toponyme qui rappelle un lieu primitivement boisé, et pour Mousty qui serait issu du latin « Monasterium », en roman, « Moûtier », terme employé au Moyen Âge avec la signification d’église.

Sans entrer plus dans le détail des familles qui ont présidé à la destinée de ces villages, évoquons toutefois trois joyaux du patrimoine local qui témoignent de cette réalité lointaine :

  1. la tour de Moriensart à Céroux (XIIe siècle),
  2. la dalle à gisants des seigneurs de Limelette (XVIe siècle)
  3. le château d’Ottignies (1626) qui se dresse toujours sur sa butte au centre de la commune.

Le tournant du XIXe

Au milieu de ce siècle, deux mesures législatives vont s’avérer déterminantes pour l’avenir d’Ottignies. La première crée le chemin de fer de Louvain à Charleroi et celui de Wavre à Manage, avec un tronçon commun qui traverse la localité. La seconde décide la construction d’une ligne de Bruxelles à Arlon. Le tracé définitif est arrêté après de nombreuses péripéties et impose l'option du passage par Ottignies. Le destin sourit enfin à la cité qui devient dans la foulée un important nœud ferroviaire.

Malheureusement, ceci fait aussi d’elle la cible de l’aviation alliée, le 20 avril 1944. Deux mille bombes ouvrent des plaies béantes dans un large rayon autour de la gare, inscrivant dans l’histoire ces trois communes que la Dyle, qui les baigne, a déjà placées en mai 1940 sur la ligne de défense KW.

Dans les deux décennies qui suivent, Ottignies vit au ralenti, tout en se dotant d’infrastructures propices aux développements à venir. Elle devient ainsi au début des « sixties », un havre pour les citadins à la recherche de l’impossible conciliable : « une ville à la campagne ».

Le grand dessein !

Avec clairvoyance, les autorités locales pressentent le futur éclatement de l’Université Catholique de Louvain implantée depuis 1425 dans cette ancienne capitale du duché de Brabant. De plus en plus clairement, l’opinion flamande affiche son aspiration à une totale autonomie culturelle et fait pression en vue du départ de l’aile francophone. Cette revendication connaît son apogée avec la crise du « walen buiten » en 1968.
Dès 1962-1963 cependant, de premières approches sont menées et l’UCL prend le pouls de plusieurs communes du canton de Wavre. La vocation d’Ottignies se révèle alors de manière décisive quand, le 14 juillet 1966, par la voix quasi unanime de son Conseil, elle répond positivement à l’appel de l’université.

Le choix du plateau de Lauzelle étant posé, les premières dispositions prévoient la cession d’une superficie de 150 hectares. L’arrêté royal du 30 septembre 1968 autorise l’expropriation pour cause d’utilité publique des parcelles nécessaires et donne ainsi le feu vert au transfert : Louvain-La-Neuve se programme !

Le projet : une université aux champs ?

L’Université acquiert en fin de compte 920 hectares. Dès le départ, un consensus s’établit entre le Conseil académique et l’administration ottintoise autour de la création d’un centre urbain.

Cela dit, les références manquent sérieusement en la matière puisque la dernière expérience d’implantation d’une cité dans nos régions remonte à la fondation de Charleroi en 1666.

Les objectifs sont toutefois rapidement cernés. Deux d’entre eux, en particulier, président à l’élaboration du plan directeur : la fonctionnalité universitaire et la qualité de la vie.

Le projet ne vise en aucun cas à créer un campus-ghetto à la campagne. Il cherche au contraire à intégrer l’ensemble des bâtiments académiques dans un tissu urbain de densité, appelé à s’insérer dans une collectivité locale, voire régionale. La configuration du paysage donne tout naturellement une orientation aux urbanistes et architectes dans la réalisation du « grand dessein ».

La capacité de la ville est fixée à 40 000 habitants, à distribuer sur une superficie de 350 hectares, soit à la dimension de l’« homme-piéton ». Une dalle artificielle recouvre le vallon et sert de support au noyau de la cité.

En surplomb, quatre quartiers — le Biéreau, l’Hocaille, les Bruyères et Lauzelle — sont appelés à garnir les versants de la vallée. La mobilité repose sur deux réseaux de circulation indépendants : l’un réservé exclusivement au trafic automobile (en souterrain ou en périphérie), l’autre aux piétons.

Situés au nord, les 200 hectares du Bois de Lauzelle assurent le rôle de poumon vert. Enfin, à l’est, se positionne un parc scientifique de 160 hectares, garant d’un développement économique régional, d’une diversification du milieu urbain et de la recherche, moteur de l’université.

L'inauguration de Louvain-La-Neuve

Le 2 février 1971, le roi Baudouin pose officiellement la première pierre alors que le grand hall du Cyclotron (un accélérateur de particules) vient d’être achevé.

De 1972 à 1979, neuf facultés déménagent progressivement à Louvain-la-Neuve tandis que celle de médecine élit domicile à Woluwé-Saint-Lambert.

Visiter Louvain-La-Neuve, c’est redécouvrir au hasard des cheminements les fils conducteurs de cette urbanisation. De la grande diversité de l’architecture tempérée par des facteurs unificateurs (matériaux, volumes, couleurs) émergent quelques « gestes architecturaux » : bibliothèque des Sciences (actuel Musée L), Halles universitaires et église Saint-François entre autres. De leur côté, les nombreuses places rappellent les lieux publics traditionnels.

Aujourd’hui, la cité universitaire termine progressivement son expansion, notamment avec l’achèvement de la dalle.

Trois communes pour une nouvelle force

Le 1er janvier 1977 consacre la fusion des communes. La nouvelle cité intègre les anciennes entités d’Ottignies, Limelette et Céroux-Mousty auxquelles s’adjoint le site universitaire de Louvain-La-Neuve. Sous le nom d’Ottignies Louvain-la-Neuve, l’ensemble s’étend sur 3 397 hectares. De 14 489 âmes au moment du regroupement, la population passe à plus de 31 000 habitants actuellement, auxquels s’ajoutent près de 15 000 étudiants non domiciliés.

L’impulsion donnée ne se démentira plus, sous l’effet non seulement du dynamisme démographique de cette partie du Brabant wallon, mais aussi d’un développement multipolaire de grande qualité : pôle culturel, sportif, de soins de santé, d’éducation, de communications, de recherche, etc.

La consécration de la place prépondérante acquise par l’entité vient avec l’attribution en 1982 du titre de Ville.

Cette richesse ne doit pas occulter un large pan de traditions vivaces qui appartiennent au passé, comme les Vis Tchapias du Stimont ou plus récentes, si l’on considère l’organisation des 24 heures vélo de Louvain-la-Neuve.